La vérité sur les patchs et autres substituts nicotiniques

La vérité sur les patchs et autres substituts nicotiniques

Mathieu fume depuis maintenant 10 ans. Il a essayé d’arrêter de fumer avec des patchs à de nombreuses reprises pourtant, à chaque fois, il replonge. Bizarre : de nombreuses sources sur Internet stipulent qu’il a été largement prouvé que les patchs nicotiniques permettent d’arrêter de fumer. La dépendance à la nicotine serait LA dépendance à vaincre pour espérer se libérer de la cigarette. Mais alors, pourquoi, pour Mathieu et pour tant d’autres, ça ne fonctionne pas ? La réalité est plus complexe.

 

Que disent les études concernant les substituts nicotiniques ?

Le traitement nicotinique de substitution (TNS) est l’une des méthodes pour arrêter de fumer la plus documentée : les études scientifiques ont été réalisées sur plusieurs dizaines de milliers de fumeurs.

On constate que, quel que soit le substitut nicotinique utilisé (patchs, gommes, pastilles, inhalateur ou spray), on observe les mêmes résultats. Il n’y a donc pas un substitut nicotinique plus efficace qu’un autre.

La plupart des études démontrent que les TNS ont une certaine efficacité pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. Lorsqu’on creuse un peu dans les méta-analyses réalisées, on peut s’apercevoir que le bénéfice est notable en début de sevrage puis … diminue avec le temps.  L’utilisation d’un patch permet de doubler le taux d’abstinence tabagique à 6 mois par rapport au placebo : en apparence, ça fait rêver (et vendre). A un an, 18 % des fumeurs ayant été traités par des TNS sont abstinents contre 10 % dans le groupe placebo. Dit autrement, cela veut dire qu’après 1 an, 82% des personnes ont repris la cigarette malgré l’utilisation d’un substitut nicotinique ! Et cela va plus loin, dans certaines études, on arrive à un taux d’échec équivalent au placebo après 1 an.

On peut se poser alors la question de l’efficacité tant vendue de ces substituts pour arrêter de fumer. Les fabricants des substituts nicotiniques ont de bonnes raisons de mettre en avant les études qui démontrent l’efficacité de leurs produits. Un ex futur fumeur devra débourser 1,50 euros par jour pendant 3 à 12 mois, soit souvent plusieurs centaines d’euros, pour mâcher et avoir sa dose de nicotine quotidienne.  C’est un marché juteux.

Comment expliquer l’efficacité décevante des patchs et autres substituts nicotiniques ?

La première explication est chimique et physiologique. Il y a plusieurs années, on pensait que la nicotine était la seule responsable de l’addiction à la cigarette. On s’est rendu compte que la nicotine seule n’induisait pas de dépendance. C’est la combinaison de la nicotine avec d’autres substances, présentes dans la fumée de cigarette (Inhibiteurs de Monoamines oxydases ou IMAO par exemple) qui seraient à l’origine de la dépendance. Certains de ces produits resteraient dans le sang plusieurs jours après l’arrêt du tabac, ce qui expliquerait l’efficacité des substituts nicotiniques en début de sevrage. Mais une fois ces substances éliminées par l’organisme, la « protection » nicotinique deviendrait inefficace.

Bien sûr, l’autre explication est psychologique et comportementale. Les personnes qui essaient d’ arrêter de fumer, la plupart du temps, le savent : « il n’y a pas que la nicotine, il y a aussi le geste ». Derrière cette phrase se cachent de nombreuses choses. Lorsqu’on est fumeur, la cigarette est devenue la stratégie utilisée par notre cerveau pour répondre à un certain nombre de nos besoins : besoin de se détendre, d’être récompensé, de se réveiller, …  De plus, il existe de nombreux biens psychologiques entre l’environnement du fumeur et la cigarette. C’est, par exemple, le fameux « café-clope » tant apprécié après le repas.

Mais alors…les patchs et tout ça, ça ne sert à rien ?

Pas tout à fait, ils peuvent être utiles en début de sevrage, surtout chez les grands fumeurs. Maintenant, il est clair qu’il ne faut pas compter uniquement sur les substituts nicotiniques pour se libérer définitivement de la cigarette. C’est le piège dans lequel il ne faut pas tomber. Très souvent, en complément, il sera nécessaire de se tourner vers d’autres méthodes (l’hypnose par exemple) qui agiront sur le fond de la dépendance, celle qui est psychologique.

 

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